Démence

Long métrage
Festival

Démence

Long métrage
Festival

Infos techniques

Titre original

Sílení

Durée

118 minutes

Date de projection en festival

Pays d'origine

Tchéquie : sortie le
Slovaquie : sortie le

Réalisation

Jan Svankmajer

Société de production

Athanor
C-Ga Film
Ceská Televize
Barrandov Studios
The Czech Republic State Fund for Support and Development of Cinematography
Ministry of Culture of the Slovak Republic
Eurimages
MEDIA Programme of the European Union
At Armz
Ren Corporation Ltd.

Synopsis

Dans la France du 19ème siècle, un jeune homme se rend à l'enterrement de sa mère. Il rencontre un marquis portée sur la philosophie et accepte son invitation à venir passer quelques jours chez lui. Mais, une fois la nuit tombée, il se retrouve plongé dans une atmosphère surréaliste, survoltée et totalement délirante...

Critique

Honorable

Démence est un film d’animation hybride réalisé par Jan Švankmajer, pilier de l’animation tchèque. Sorti en 2005, et diffusé en festival en France, Démence est le résultat d’un bricolage entre les théories de la grande figure de la littérature pornographique française, le Marquis de Sade, et deux nouvelles de l’auteur et poète américain Edgar Allan Poe : The System of Doctor Tarr and Professor Fether et The Premature Burial. À travers ce mélange, Švankmajer, connu pour ses jeux dynamiques, absurdes et surréalistes de marionnettes, met en scène, en prise de vue réelle, Jean Berlot (incarné par Pavel Liska), un jeune homme victime de nombreuses hallucinations depuis que sa mère a été enterrée vivante. Il finira sous l’influence d’un homme qui se prend pour le Marquis de Sade en plein XXIe siècle, dont les méthodes thérapeutiques sont aussi dérangées que ses activités à caractère sexuel et blasphématoire.

 

 

Les points forts


Même en délaissant l’animation au profit de la prise de vue réelle, Švankmajer parvient à nous surprendre et à nous envoûter avec un monde ultra graphique et aussi dérangé que ses personnages. En effet, par des tons assez neutres mais des décors et des caractérisations de personnages totalement excentriques, l’artiste nous ramène dans son univers plastique et surréaliste, mais cette fois-ci, à l’échelle humaine. Que ce soit par le jeu d’acteur ou les motivations des personnages, l’atmosphère devient criante, voire démentielle, à l’image de la mentalité du héros principal, dont les hallucinations prennent la forme de scènes animées en stop motion.

Ces scènes animées nous replongent complètement dans tout ce qui fait une œuvre de Švankmajer. Entre le découpage hyper rythmé, le stop motion à base de pâte à modeler et d’objets du quotidien, ou encore l’utilisation de morceaux de viande, tout est fait pour que nous soyons constamment en alerte ou crispés comme le personnage, tout en restant, bien sûr, profondément bluffés par la technique. Ces scènes oniriques apparaissent également lors des transitions entre les séquences, comme si une autre intrigue se préparait en parallèle : des morceaux de chair ou de déchets organiques semblent chercher à se rattacher à quelque chose, tout en résumant de manière absurde et symbolique la séquence précédente, à l’image du personnel de l’hôpital psychiatrique, recouvert de goudron liquide et de plumes, représenté ensuite en quelques secondes par des morceaux de viande peints en noir et jetés dans un oreiller à plumes. Tout devient alors purement chaotique, du synopsis sur le papier à sa mise en image, qui, au-delà de sa puissance graphique, nous fait perdre le fil de ses idées, aux côtés d’un héros totalement passif et victime des événements.

 

 

Les points faibles


Démence, c’est aussi la perte du fil rouge au fil des enchaînements spectaculaires de techniques plastiques et d’idées graphiques. Même rattachés à un personnage, celui de Jean Berlot, nous sommes vite contraints d’être, nous aussi, victimes de la succession trop rapide des événements. On pourrait justifier cela comme une immersion dans la mentalité de Jean, lui-même dépassé par les événements et complètement perdu, mais cette technique de mise en scène nous empêche également de comprendre en détail le personnage, que l’on finit par perdre de vue psychiquement. Le choix des décors n’aide pas vraiment non plus : bien qu’en parfaite harmonie avec l’atmosphère générale, le manque de diversité dans les couleurs ou le mobilier empêche parfois de se situer clairement.

 

 

En conclusion


Démence est un film qui parvient à combler l’horizon des attentes imposé par son titre. Par sa mise en scène éclatée, sa direction artistique propre à son auteur et peut-être même son intention de perdre le spectateur, le film nous immerge avec brio dans la tête d’un homme victime de sa propre folie, mais aussi de celle des autres, comme une prison mentale qui nous détacherait presque du corps (représenté par Jean Berlot) au fil du film, pour ne plus être que spectateurs d’un chaos sans fin. Néanmoins, si cela était un choix intentionnel, il freine également l’immersion du public, qui pourrait n’y voir qu’un nouveau spectacle plastique.

 

 

Avis rédigé par Camille le d'après une version originale

Production