Hoffmaniada
Hoffmaniada
Infos techniques du film d'animation "Hoffmaniada"
Titre original
Durée
Date de projection en festival
Pays d'origine
Réalisation
Société de production
Synopsis du film d'animation "Hoffmaniada"
E.T.A. Hoffmann est transporté dans son propre univers littéraire, où il se heurte aux méchants qu'il a créés sur le papier. Il ne cessera de défendre l'amour et la beauté au milieu des complots qui se referment sur lui.
Critique du film d'animation "Hoffmaniada"
Hoffmaniada est un film d’animation en volume écrit et réalisé par Stanislav Sokolov, un cinéaste et animateur russe ayant reçu de nombreux prix, dont un Emmy en 1992 pour sa contribution à la série animée Shakespeare: Animated Tales. Ayant un univers fortement influencé par le fantastique et le merveilleux, Sokolov s’attaque ici à l’emblématique opéra fantastique d’Offenbach, Les Contes d’Hoffmann, lui-même inspiré du conteur E. T. A. Hoffmann. Hoffmaniada est le premier film d’animation en volume entièrement produit par le studio Soyuzmultfilm. Un long métrage d’un peu plus de 60 minutes combinant en une seule et même intrigue trois contes d’Hoffmann : Little Zaches Called Cinnabar, The Golden Pot et The Sandman. Il met en scène Hoffmann comme personnage principal pour opposer ses écrits fantastiques à sa propre vie en tant que gouverneur.

Les points forts
Hoffmaniada met en place un univers onirique à couper le souffle. Le film déploie un monde en état de rêve constant, même dans les scènes issues de la vie réelle de Hoffmann. Les frontières entre réel et imaginaire sont donc dissoutes pour notre plus grand plaisir. La lumière joue d’ailleurs un rôle déterminant dans la manipulation du rêve et de l’ambiance onirique. Elle est douce, sublime le merveilleux et ouvre des espaces poétiques qui renforcent l’idée d’être pris dans un songe mouvant. Cette lumière, en coopération avec les décors presque vénitiens, suggère également une inspiration de l’expressionnisme allemand du cinéma des années 1920, où le cauchemar (ici, le rêve) était modélisé et rendu vivant par une gestion des ombres portées sur des décors asymétriques qui s’étendent sur tout le plan. Ces deux caractéristiques embellissent la poésie de l’œuvre tout en rendant plus monstrueux certains personnages comme Coppelius, lorsqu’il terrorise le jeune Hoffmann en tant que marchand de sable.
On retrouve également une fidélité lyrique aux contes du véritable Hoffmann ainsi qu’à l’univers fantastique de l’opéra qui en a découlé. Les obsessions des auteurs reviennent au premier plan, comme cette thématique de l’amour qui prend tout son sens autour de Serpentina ou bien de la femme automate, totalement impassible et reflet de la femme comme objet de désir. On retrouve aussi cette sensibilité charmante à la dimension baroque et fantastique de l’auteur, ce qui fait du film, dans sa globalité, un formidable hommage porté par une direction artistique marquée, entre expressionnisme et théâtralité du caractère labyrinthique des décors.
Le travail sonore est immersif, notamment grâce à l’effet d’écho sur les voix féminines ou les pensées d’Hoffmann, qui mythifie le récit. La musique accorde une importance particulière à la musicalité des effets et des bruitages, résultant en une harmonie presque parfaite.

Les points faibles
Malgré la gestion minutieuse du son, il subsiste un problème au niveau du mixage des voix des personnages. En effet, le doublage est trop fort par rapport au reste de la bande sonore, créant un déséquilibre qui nuit à la qualité du travail sonore. De plus, l’alternance des voix narratives dans les premières minutes manque de lisibilité : on se perd dans les rôles et les points de vue. Un perroquet se présente dans l’introduction comme narrateur pour qu’une femme prenne ensuite la relève, avant que Hoffmann ne devienne la voix principale. Qui raconte quoi ? Et même si les frontières entre imaginaire et réel sont volontairement brouillées et donnent un effet très joli à l’œuvre, ce choix ne semble pas pleinement assumé. Le récit étant relativement linéaire et classique, les passages du rêve à la réalité ne sont parfois pas très clairs. Cela est peut-être dû au fait que le film ne prend pas le temps d’installer son propre système narratif, donnant l’impression qu’il s’attend à ce que le spectateur comprenne déjà comment fonctionnera le récit.
Mais le problème le plus troublant reste la grossièreté du chara-design. Le film, pour son sujet et sa tonalité, semble pouvoir s’adresser autant aux adultes qu’aux enfants, comme le voudrait un conte (avec plusieurs niveaux de lecture). Toutefois, les poitrines sont exagérées, les visages sont souvent hostiles, avec nez crochus, yeux immenses ou sourcils anguleux, épais et froncés. Les changements de forme (bestiaux ou non) sont inattendus et perturbants dans la majorité des cas. À cela s’ajoute la scène où Coppelius et un autre personnage se battent pour obtenir la femme automate, qui finit par être déchirée en deux, alors qu’elle n’était pas physiquement très différente des personnages humains. Même si ce détail est justifié par l’onirisme de l’œuvre, il risque de heurter un public très jeune. On peut également ajouter que les visages, bien que très détaillés, ne sont pas aussi expressifs qu’ils en ont l’air : ils sont assez figés et glaçants, produisant un effet de froideur là où l’on cherchait du réconfort.

En conclusion
Hoffmaniada réussit à combler l’horizon d’attente de son spectateur avec un hommage séduisant aux contes d’Hoffmann. Le film en fait assez pour en mettre plein les yeux, autant esthétiquement que dans son intrigue, sans verser dans l’excès d’effets spectaculaires. Cependant, Hoffmaniada ne touchera probablement pas autant de spectateurs qu’il le devrait, peut- être par manque de promotion.
