La Première Guerre mondiale: un sujet abordé à hauteur d’enfant

Publié le 28 mars 2025 par Joseph
Première Guerre Mondiale
ThémaKid
L’animation au service de la transmission et de la pédagogie

Si l’on admet généralement que le rôle premier du cinéma est de divertir, il peut parfois se révéler plus qu’un simple divertissement. Car en effet, puisque le cinéma est un art apprécié de tous et facilement accessible, pourquoi ne pas utiliser une telle mine d’or à des fins éducatives ? C’est ce qu’ont fait bon nombre de réalisateurs, parfois au travers du cinéma d’animation, rendant accessibles des thèmes qui, de prime abord, pouvaient paraître difficiles à traiter avec de jeunes enfants.

 

Prenons le cas de la Première Guerre mondiale : comment aborder cet épisode historique auprès d’enfants déjà peu habitués à la notion même de guerre ?

 

Le Naufrage du Lusitania

Le cinéma d’animation s’empara très tôt de cet épisode, puisque dès 1918, avant même la fin de la guerre, l’animateur Winsor McCay réalisa son célèbre court-métrage muet Le Naufrage du Lusitania.

Il revient sur un épisode tragique de 1915, qui vit les Allemands couler le paquebot britannique Lusitania au prétexte qu’il contenait des armes, ce qui mena à la mort d’environ 1 200 passagers civils du navire, dont 128 Américains. Cet événement joua un rôle majeur dans l’opinion américaine, qui devint dès lors favorable à l’entrée en guerre des États-Unis (même s’il faudra encore attendre 1917).

Très sobre dans l’illustration du naufrage, le court-métrage de McCay a le mérite de ne représenter la tragédie que de loin, sans la personnaliser, ce qui peut éviter d’effrayer ou d’émouvoir à l’excès un public jeune. En contrepartie, le texte des intertitres insiste sur la cruauté et la gratuité de l’agression allemande, le film ayant évidemment une valeur de propagande aux États-Unis.

Ce court-métrage permet aux parents d’aborder le sujet de la guerre sans exposer leurs enfants à des images trop dures. Mais, peut-être plus intéressant encore, ce film peut également permettre d’aborder auprès d’un jeune public la manière dont le cinéma et les médias peuvent être utilisés dans le but de propager des idées et des valeurs auprès de la population. En cela, Le Naufrage du Lusitania a une évidente valeur historique autant qu’artistique.

 

 

La Guerre n’est pas leur jeu

Pudeur, timidité, frayeur ? Après cela, il faut attendre la fin du siècle et bondir en 2002 pour trouver un nouveau court-métrage d’animation qui nous confronte au conflit historique. En effet, Dave Unwin adapta cette année le roman de Michael Foreman, War Game (traduit en français par La Guerre n’est pas leur jeu), un court-métrage de 28 minutes du studio Illuminated Film Company.

On a là affaire à une vraie pépite d’animation ! Unwin aborde les trêves de Noël qui eurent lieu en divers endroits du front, ici entre Britanniques et Allemands.

Très complet, le récit commence par évoquer l’engagement sous toutes ses formes : le recrutement insistant, voire presque forcé, des autorités britanniques (traité en chanson !), le courage frôlant l’inconscience des jeunes recrues, mais aussi l’impact sur les familles qui voient leurs hommes partir à la guerre… Tout est traité avec force et pudeur.

C’est surtout à partir de l’arrivée sur le front que le court-métrage révèle toute sa puissance. Les bombes qui explosent sont comparées à des feux d’artifice, et l’on comprend le problème : la jeunesse britannique n’est pas préparée à ce conflit qu’elle croit facile. L’horreur du front est évoquée, mais jamais de manière frontale. Le film reste toutefois déconseillé aux enfants de moins de 8 ans.

Puis vient enfin la trêve, et l’on assiste à de vrais moments de grâce, où les ennemis d’hier fraternisent autour de chants de Noël, et surtout autour du sport. C’est l’occasion rêvée, pour des parents, d’expliquer à leurs enfants les valeurs unificatrices du sport (ici, du foot), et combien celui-ci peut rapprocher les hommes. D’autant que le coup de génie de Dave Unwin est de garder la métaphore du sport pour évoquer la reprise des combats. Le conflit semble n’être rien de plus qu’un nouveau match, mais le changement radical dans le style d’animation fait comprendre subtilement au public que quelque chose a changé dans la nature du match : le ballon retombe avec un bruit d’obus, un « joueur » tombe pour ne plus se relever… La métaphore est puissante, et réussit le tour de force d’atténuer la dure réalité de la guerre auprès des enfants, tandis que les adultes goûteront à sa juste valeur la force tragique de la comparaison.

Une œuvre idéale pour engager un échange familial autour des valeurs humaines et de l’histoire.

 

 

Stubby

Dans le même registre, on appréciera le film d’animation Stubby de Richard Lanni, produit par la société Mikros Image (derrière les Astérix d’Alexandre Astier ou Le Petit Prince de Mark Osborne).

Ici, la Première Guerre mondiale est racontée à travers l’amitié entre un jeune soldat américain et un chien errant devenu mascotte. Histoire authentique (le chien Stubby a réellement existé), qu’on devine très romancée, le film de Richard Lanni a le mérite d’être particulièrement aseptisé (trop ?) dans sa représentation de la guerre. L’animation très lisse, parfois excessivement, risque de lasser un regard d’adulte, mais sera certainement plus appréciée par des enfants moins exigeants sur la technique.

Le scénario, lui aussi très lisse, ne prend jamais de recul sur le sens du conflit. Il se présente plutôt comme un hommage aux soldats morts au combat, pour défendre un idéal — et, plus brièvement, les populations locales.

Selon ce que les parents veulent transmettre à leurs enfants sur le sujet, ils jugeront bon de compléter ou non, d’autant que le point de vue reste très centré sur l’expérience américaine du conflit. Toutefois, on ne peut que louer l’existence d’un tel film, qui constitue une porte d’entrée très convenable dès 7-8 ans sur une thématique aussi dure que la Première Guerre mondiale. L’histoire d’amitié entre un humain et un chien, mise en parallèle avec celle entre un soldat français et un soldat américain, véhicule de belles valeurs qu’on ne saurait trop recommander à un public d'enfants.

 

Stubby - Richard Lanni, Bibo Bergeron - 2018

 

 

Adama

Enfin, un dernier titre à découvrir avec des enfants un peu plus âgés : Adama, sorti en 2015, produit par les studios Pipangaï Productions, auxquels on devra deux ans plus tard l’adaptation animée de Zombillénium.

Réalisé par Simon Rouby, Adama adopte un point de vue particulièrement judicieux : celui d’un jeune Africain qui part pour le front afin de rejoindre son frère qui s’est engagé. Si, là encore, les adultes habitués au registre du film de guerre pourront trouver le résultat trop programmatique, les enfants (plutôt à partir de 10-11 ans) feront sans doute moins la fine bouche et découvriront avec surprise l’itinéraire de ce jeune Africain.

Le style d’animation, extrêmement réaliste mais parfois approximatif, pourra rebuter ceux qui regardent chaque détail de l’image, mais le résultat global n’en est pas moins élégant, original et assez immersif. Un enfant d’une dizaine ou douzaine d’années a toutes les chances d’être embarqué dans l’aventure. D’autant que le récit de Simon Rouby et Julien Lilti a le mérite de faire entrer de manière très progressive dans l’horreur de la guerre, et nous promène finalement plus dans l’Afrique et la France de l’arrière qu’en première ligne. Le climax du film sur le front pourra se montrer plus impressionnant pour un jeune public, mais là encore, il évoque de manière assez pudique et même poétique des réalités qu’on comprend à demi-mots.

Cet aspect onirique peut toutefois se montrer à double tranchant, donnant une tonalité irréelle et donc plus accessible à la dureté des événements racontés, mais prenant le risque de rendre certaines péripéties dures à comprendre. Il reviendra peut-être aux parents d’éclairer certaines métaphores un peu difficiles à saisir pour un enfant. Ce peut être l’occasion d’ouvrir un dialogue sur des thèmes sensibles, que l’on peine parfois à aborder autrement.

 

Adama image 4
Adama - Simon Rouby - 2015

 

 

À hauteur d’enfant, à portée d’histoire

Ainsi, cette sélection de courts et longs métrages permettra – on l’espère – de donner aux parents un certain nombre de portes d’entrée pour leurs enfants vers le thème historique de la Première Guerre mondiale, mais aussi, plus largement, du thème malheureusement toujours actuel de la guerre. Malgré leurs éventuelles imperfections, les films cités ci-dessus ont tous le mérite de mettre à portée des enfants des sujets compliqués, qui peuvent toutefois paraître essentiels. Et finalement, quand le cinéma réussit à allier au rêve et au divertissement l’apprentissage de la maturité, ne trouve-t-il pas là sa plus belle raison d’être ?

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