ToutCourt #24 : Portraits de femmes
En mars, outre les giboulées, il y a aussi la Journée internationale des droits des femmes, alors notre chronique du jour se prête au jeu. Certes, il reste du chemin à parcourir dans notre pays pour que les femmes soient pleinement à égalité avec les hommes. Pourtant, cette réalité ne s’arrête pas à nos frontières : alors nous avons voulu mettre en lumière des femmes d’autres cultures, confrontées à des inégalités et saluer leurs parcours remarquables.
Beach Flags
On commence avec Beach Flags de Sarah Saidan, produit par Sacrebleu Production et Folimage, en 2014. C’est l’histoire de Vida, une jeune nageuse sauveteuse iranienne. Favorite de son équipe, elle décide de tout donner pour participer à une compétition internationale en Australie. Mais, avec l’arrivée d’une nouvelle, Sareh, sa place est compromise.
Le film donne le ton dès les premières secondes avec un encart explicatif : « Beach Flags est une course sur le sable, l’une des seules épreuves internationales auxquelles les sauveteuses iraniennes peuvent participer. »
Très vite, on comprend que les femmes ne sont plus autorisées à concourir dans des disciplines où elles doivent porter un maillot de bain. Les mannequins qu’elles vont chercher au fond du bassin pour s’entraîner prennent alors vie et les entraînent vers les profondeurs. Cette image représente un système politique, religieux et social fondé sur des structures patriarcales et autoritaires, où les femmes peinent à rester à la surface, à respirer. Pourtant, elles continuent de se battre, avec courage, pour leurs libertés fondamentales.
La compétition de beach flags, à l’image du film lui-même, offre à ces femmes un espace de liberté. Sarah Saidan y décrit la vie en Iran, entre le travail dans les champs, le rôle des femmes, les plages mixtes, etc. En plus de son aspect combatif, le court-métrage est un véritable symbole de résilience pour ces femmes, tout en célébrant la sororité.
Visuellement, le style est doux, avec des couleurs pastel ; les tracés ne sont pas sans rappeler ceux de Persépolis de Marjane Satrapi, qui évoque elle aussi l’Iran. Les paysages et les ambiances sonores nous plongent directement dans la culture locale. Si la vocation même du groupe de femmes est de sauver les gens de la noyade, ici les événements font davantage écho à la situation globale qu’à l’action en elle-même. À travers le personnage principal, Vida, dont on sait finalement peu de choses, hormis la force et le courage dont elle fait preuve, on prend conscience de la place des femmes en Iran et de ce que certaines subissent.
Fille de l’eau
Notre deuxième court-métrage est Fille de l’eau, réalisé par Sandra Desmazières et produit par Caïmans Productions en 2025. On y suit la vie de Mia, plongeuse en apnée, qui pêche et nage à travers les algues et les roches. Le temps passe, transformant son corps et le paysage qui l’entoure.
La profession s’inspire du réel : dans certains pays asiatiques, des femmes plongent jusqu’à sept heures par jour pour ramener crustacés et algues, afin de les troquer contre quelques pièces. On ressent le lien entre ces travailleuses, qui se soutiennent face à la difficulté du métier, tout en partageant des moments chaleureux autour du feu pour se réchauffer après la pêche. Le film aborde également, de manière touchante et singulière, la maternité, avec la perte d’un enfant, mais aussi le fait de vieillir : avoir un corps qui change, tout comme l’environnement extérieur, qui évolue et bouscule certaines habitudes.
Visuellement, c’est aussi intéressant. La réalisatrice a utilisé des crayons aquarellables ainsi que des craies grasses. Le trait est très vibrant, en raison du coloriage des dessins ; cela fait sens lorsqu’on observe la vie d’une personne.
Le film prend d’ailleurs, par moments, des allures de documentaire. Le travail du son renforce cette impression, d’autant qu’il n’y a pas de dialogues. La réalisatrice dresse ainsi un portrait très touchant de Mia.
Le film est disponible sur la chaîne YouTube d’Arte et directement sur leur site jusqu’en décembre 2026.
Nous espérons que cette sélection vous a plu et vous donnons rendez-vous très prochainement pour un nouveau numéro ! On entend déjà les hirondelles au loin !