L'Apôtre

Long métrage
Festival

L'Apôtre

Long métrage
Festival

Infos techniques

Titre original

O Apóstolo

Durée

84 minutes

Date de projection en festival

Pays d'origine

Espagne : sortie le

Réalisation

Fernando Cortizo

Société de production

Artefacto producciones
Audiovisual Aval SGR
EFG-Renascence Productions
Film Arante
Igape
Instituto de Crédito Oficial (ICO)
Ministerio de Cultura
Radio Televisión Española (RTVE)
Rosp Coruña
Televisión de Galicia (TVG) S.A.
Xunta de Galicia

Synopsis

Un forçat, qui vient de s'échapper de prison, tente de récupérer un butin caché depuis des années dans un village perdu appelé Xanaz, situé dans le Camino de Santiago. Mais le destin qui l'attend est tout autre. Il croisera ainsi la route de sinistres personnes âgées, de personnes disparues, de fantômes, d'un étrange prêtre et même de l'archiprêtre Santiago de Compostelle...

Critique

Honorable

L'Apôtre est un film d'animation en volume espagnol, et précisément galicien, réalisé par Fernando Cortizo et sorti en 2012. Fernando Cortizo est un réalisateur et scénariste ayant commencé dans la prise de vue réelle avec quelques courts-métrages avant de se tourner vers l'animation en stop motion jusqu'en 2009, où il entame la production de son premier long-métrage ambitieux : L'Apôtre. Il s'agit du premier long-métrage européen en stop motion stéréoscopique (à la différence de la stop motion traditionnelle, cette technique permet de se rapprocher de la vision humaine en termes de profondeur en utilisant deux prises de vue légèrement décalées, une pour chaque œil.). Pour assurer la réussite de ce grand projet, Cortizo fait appel aux plus talentueux techniciens du domaine et s’entoure également de Philip Glass pour la composition musicale. Cortizo fait également appel pour le casting à Paul Naschy, un grand acteur et haltérophile espagnol célèbre pour avoir incarné de nombreuses fois des rôles de loup-garou en prise de vue réelle à partir de 1968. Il prêtera ici sa voix à l’archiprêtre, dans ce qui constituera son dernier rôle avant son décès en 2009, avant même la sortie du film.

 

 

Les points forts


L’Apôtre, c’est avant tout une immense ambition autant dans l’approche visuelle que thématique. En effet, le récit nous plonge tête la première dans un village hors du temps, proche d’une esthétique médiévale occulte. Un terrain idéal pour y accrocher des croyances et légendes galiciennes et espagnoles de l’auteur, notamment la Santa Compaña (procession des morts) et cette entité maléfique qui hante la vie du village, mise en relation avec une sorte de métaphore du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle emprunté par les anciens pèlerins qui ont succombé dans le village. Le chara-design est radical, sans une once d’innocence ou de lumière, même pour les figures religieuses. Leurs visages, hyper caricaturaux et très marqués, ne laissent transparaître aucune sympathie. Un côté monstrueux dont certains rappelleraient même la créature de Frankenstein. Mais cette transformation en monstre des humains dépasse même le simple chara-design. Effectivement, les villageois représentent une sorte de masse vampirique sur le point de piéger Ramon, le criminel. Une masse qui, pour survivre, sacrifie un pèlerin à l’entité qu’elle vénère, tout en se montrant polie et accueillante avec lui, comme pour mieux l’enfermer (une seconde prison). Le protagoniste lui-même est d’ailleurs pétri de défauts. On a comme une subversion du Mal. Le héros n’est pas classique, il est mauvais. Le Mal s’en prend au Mal dans ce conte pour adultes. Sa propre avarice, sa cupidité et son incrédulité le mènent tout droit à un cauchemar auquel il pensait avoir échappé en s’évadant. Ces caractéristiques du personnage permettent au récit d’avancer avec un rythme amusant : tout laisse à penser qu’il y laissera sa peau, mais il continue d’évoluer, guidé par l’idée d’un trésor, du gain.

En ce qui concerne la mise en scène et la direction artistique, en dehors de la magnifique mise en place du décor médiéval maudit, elle est suffisamment mystique et immersive pour séduire jusqu’à l’os son spectateur. L’éclairage, ce « clair-obscur » maladif, transmet sans problème le paranormal et le fantastique de l’œuvre. Dans les scènes de nuit, le bleu profond et la lueur jaunâtre des bougies envoûtent et inquiètent sans laisser une seule seconde de chaleur. De plus, le film réussit à bien doser ses couleurs dans les scènes de jour (comme une suppression de l’espoir ou simplement des bonnes ondes). C’est à la fois terreux et morbide, comme une interprétation recolorée des films d’horreur classiques en noir et blanc.

La musique, composition merveilleuse de Philip Glass, renforce énormément le tout. Les airs mélodieux laissent pénétrer le fantastique et les fantômes dans le village, mais transposent tout de même un sentiment de prison.

 

 

Les points faibles


L’Apôtre se piège lui-même dans les hommages qu’il rend. Le film est lui-même hanté par les défauts du vieux cinéma d’horreur gothique, avec une mise en scène qui repose parfois trop sur sa technique, ses designs ou l’écriture des personnages, une erreur typique des films de série B de l’époque. Notamment l’idée des archétypes qui reste assez superficielle. Le concept de masse n’en a pas tellement besoin, mais on le ressent dans des personnages comme l’apôtre ou les figures religieuses hors du village. Ramon, s’il n’est pas une figure classique du cinéma d’horreur gothique, reste coincé dans son rôle d’homme assoiffé d’or. Son évolution a du mal à s'imposer. Le film ne propose aucun épilogue pour la confirmer, tout comme le prologue, lui aussi assez bâclé. Cette fin abrupte est également un défaut hérité de ces influences. La narration repose en grande partie sur la stupidité du personnage. Le récit ne facilite pas l’identification, notamment en raison d’une introduction trop courte et d’un protagoniste, encore une fois, enfermé dans ses défauts. L’intrigue repose presque entièrement sur sa cupidité, bien que le personnage manifeste parfois une intelligence inattendue. Un détachement s’installe progressivement entre Ramon et le spectateur, tant ses réactions manquent de cohérence. On hésite entre y voir une réelle profondeur ou une simple irrégularité d’écriture. Les nombreux archétypes, bien que riches en caractère, renforcent cette impression de confusion. Certaines incrustations de personnages demeurent approximatives en raison de changements soudains d’ambiance. Par exemple, lorsque Ramon rêve de montagnes de pièces d’or, la scène, très jaune et lumineuse, tranche fortement avec les couleurs associées au personnage. Il en résulte un détachement visuel assez désagréable, qui paraît bâclé.

 

 

En conclusion


L'Apôtre est un projet ambitieux, dont les promesses pouvaient laisser croire à un rêve difficilement réalisable. Finalement, le film tient ses promesses : il rend un grand hommage au cinéma d’horreur d’antan tout en le projetant dans une technique moderne, très bien maîtrisée. Il en conserve cependant certaines erreurs, en bien comme en mal. Le film rapportera d'ailleurs de nombreux prix internationaux pour cette audace, dont le prix du public à Annecy en 2013, et sera également nommé aux Goya dans la catégorie meilleur film d'animation la même année. Une expérience qui ravivera les amateurs des films d'animation de Tim Burton ou Henry Selick !

 

 

Avis rédigé par Camille le d'après une version originale

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