La Casa Lobo

Long métrage
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La Casa Lobo

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Infos techniques

Titre original

La casa lobo

Durée

75 minutes

Date de sortie en France

Pays d'origine

Chili : sortie le

Réalisation

Joaquín Cociña
Cristóbal León

Société de production

Diluvio
Globo Rojo Films

Synopsis

Une jeune femme nommée Maria trouve refuge dans une maison après avoir échappé à une secte de fanatiques religieux allemands au Chili. Comme dans un rêve, la maison réagit aux émotions de Maria et transforme son séjour en cauchemar.

Critique

Excellent

La Casa Lobo est un film d’animation en stop motion chilien réalisé par Cristóbal León et Joaquín Cociña, sorti en 2018. Il marque l’aboutissement du style expérimental développé par les réalisateurs depuis 2007, notamment à travers Lucía, Luis et Der Kleinere Raum. Inspiré de la secte allemande Colonia Dignidad, le film revisite Les Trois Petits Cochons sous une forme horrifique. María, une jeune fille en fuite, trouve refuge dans une maison isolée en pleine forêt. Elle y recueille deux cochons qu’elle tente de transformer en humains à travers des soins et des rituels étranges, tandis qu’un loup rôde aux abords.

 

 

Les points forts


La Casa Lobo est une démonstration fulgurante du talent artistique de ses créateurs. Le monde se crée et se défait sous nos yeux dans un ballet cauchemardesque. La mise en scène nous enferme aux côtés de María, nous faisant ressentir son angoisse et son oppression sans échappatoire possible. Une oppression brillamment incarnée par le maître de la secte, réduit à un concept visuel : des yeux immenses fixés aux murs, déconstruisant sans cesse le décor et annihilant toute notion de refuge. Les travellings sont rares, renforçant ce sentiment de claustrophobie. La caméra, comme nous, est prisonnière. Le design sonore enferme également le spectateur dans l’esprit de María. Nous sommes hantés par la voix du maître de la secte, omniprésente. Ses murmures menaçants, chargés d’une chaleur troublante, instaurent une intimité oppressante. Ce dispositif nous place dans la peau d’un personnage en proie à une psychose induite par des traumatismes passés, tout en révélant l’emprise d’un régime autoritaire dont María ne peut se libérer.

Grâce à un stop motion magistral, le décor unique est en perpétuelle mutation. Peints et repeints, les murs changent de texture, modifiant notre perception du temps et de l’espace. En nous enfermant dans cette maison et dans l’esprit de María via la voix off, tout devient une menace dont il est impossible de s’échapper. La Casa Lobo oscille entre le beau et le laid, et nous entraîne dans un cauchemar hypnotique.

 

 

Les points faibles


Le film est long. La technique a beau continuellement se renouveler, le message reste le même et devient redondant au fil de l'œuvre. Le propos, extrêmement métaphorique, complique énormément la compréhension du message.

 

 

En conclusion


La Casa Lobo est une œuvre singulière, une plongée suffocante dans un cauchemar mouvant où l’animation devient une matière vivante, organique, prête à se tordre et se déconstruire sous nos yeux. En enfermant son spectateur dans un espace sans issue, le film repousse les frontières de la stop motion et transforme chaque mur en une entité oppressante, chaque ombre en une menace sourde. Si l’expérience est hypnotique, elle peut aussi s’essouffler par sa propre répétition. À force d’explorer les mêmes tourments, La Casa Lobo finit par tourner en rond, prisonnière de son propre cycle infernal. Mais peut-être est-ce là l’effet recherché : nous condamner, à l’image de María, à errer sans fin dans cette maison qui nous avale. Récompensé par le Prix du Jury au Festival d’Annecy et le Prix du Meilleur Film d’Animation à Berlin, le film s’impose comme une pièce maîtresse du cinéma expérimental, un conte horrifique qui continue de hanter bien après l’extinction de l’écran.

 

 

Avis rédigé par Camille le d'après une version française

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