Metropia

Long métrage
Festival

Metropia

Long métrage
Festival

Infos techniques

Titre original

Metropia

Durée

86 minutes

Date de projection en festival

Pays d'origine

Suède : sortie le
Danemark : sortie le
Norvège : date de sortie non communiquée

Réalisation

Tarik Saleh

Société de production

Atmo Media Network
C More Entertainment
Film i Väst
Sandrew Metronome Distribution Sverige
Sveriges Television (SVT)
Tordenfilm
Zentropa Entertainments 5

Synopsis

Dans une banlieue de Stockholm, dans un futur proche. Les souterrains européens sont reliés par un gigantesque métro. Roger évite de prendre le métro. il a l'impression que ses faits et gestes sont contrôlés, entend dans sa tête la voix d'un étranger... Pensant être victime d'une machination, il demande de l'aide à une jeune mannequin, Nina.

Critique

Ordinaire

Metropia est un film d'animation suédois réalisé par Tarik Saleh, son seul film d'animation avant qu'il ne se tourne vers la prise de vue réelle (avec notamment Le Caire Confidentiel, sorti en 2017, ou encore Boy From Heaven en 2022). À travers ses œuvres, Tarik Saleh met en lumière la manière dont la société impose son contrôle et façonne les comportements individuels. C'est le cas ici avec Metropia, thriller dystopique au style visuel unique mêlant animation en rotoscopie avec des visages hyperréalistes mais disproportionnés par rapport aux corps.

L'histoire se déroule dans une Europe de 2024, où les ressources naturelles s'épuisent à vue d'œil et où les sociétés ont fusionné par des voies de métro souterraines. Nous suivons Roger, un employé de bureau suédois (dont Vincent Gallo prête sa voix), qui commence soudainement à entendre une voix dans sa tête après l'application d'un nouveau shampoing. Cette voix le surveille et manipule ses choix en se faisant passer pour sa conscience. Roger se fait aider par Nina (doublée par Juliette Lewis), une mystérieuse femme qu'il rencontre via des publicités, pour tenter de comprendre ce qui lui arrive et ainsi se libérer de son emprise.

 

 

Les points forts


Metropia sert une critique efficace de la société par une influence orwellienne très bien gérée. Le film nous présente une vision futuriste pessimiste en s'inspirant des dystopies classiques bien connues du grand public (1984, Brazil...) pour dénoncer la surveillance omniprésente, le contrôle social et l’influence de la consommation, des thématiques qui résonnent particulièrement dans notre monde contemporain. Pour rendre cela plus crédible et renforcer son impact glaçant, Metropia use d'éléments déjà présents dans nos vies pour nous alerter, comme les chaînes de production, la pollution, le contrôle par les médias, eux-mêmes contrôlés par les gouvernements... Pour donner vie à cette vision cauchemardesque, Tarik Saleh installe une atmosphère oppressante, portée par une esthétique sombre et crasseuse qui accentue le malaise. Malaise qui passe aussi par ce faux réalisme des visages hyperréalistes et déformés, créant un sentiment d'inquiétante étrangeté. Metropia reste aussi mémorable par sa direction artistique marquante, mêlant esthétique steampunk avec technologie et décrépitude, sur une image salie, polluée, aux tons grisâtres. Les décors de ce Paris vide et lugubre sont magnifiques. Et l'identité sonore qui accompagne le tout accentue le côté anxiogène de l'univers.

 

 

Les points faibles


Metropia n'est pas aussi rigoureux techniquement parlant. Effectivement, l'animation manque de fluidité, que ce soit dans les mouvements ou les expressions du visage. Les émotions sont très peu visibles. Certains personnages ont d'ailleurs les mêmes visages, donnant une impression de répétition et d'économie. De plus, les lèvres des personnages ne suivent pas toujours le doublage des acteurs : elles sont en décalage. L'aspect visuel est étrange. La profondeur n'est pas visible à cause de la fausse 3D. Les tons sont trop neutres et il n'y a pas assez de contraste. Il y a également trop de flou, pour un résultat tout simplement laid. Le problème viens de cette volonté maladroite d'imiter la prise de vue réelle. La clarté et l'immersion sont de nombreuses fois mises à l'épreuve. Par ce surplus d'effets visuels, il est difficile de comprendre ce qui se passe à l'écran. Et l'acting n'arrange pas les choses. En termes de narration, les personnages semblent rencontrer très peu de difficultés, réduisant la tension dramatique (par exemple, en pleine course, un scooter s'arrête juste devant eux au bon moment, facilitant leur fuite). Face à des antagonistes passifs qui n'agissent pas réellement, l'impact sur l'intrigue est limité, là où ils devraient avoir une importance majeure.

 

 

En conclusion


Metropia est une œuvre qui divise. Son ambition esthétique et son propos dystopique en font un film d’animation singulier, ancré dans une critique sociale forte. L’atmosphère oppressante et le style visuel unique marquent les esprits, tout comme son univers steampunk crasseux et sa bande-son immersive. Cependant, de nombreux défauts nuisent à l’immersion. Si certains spectateurs saluent son audace et son message engagé, d'autres peinent à s’immerger dans un univers visuel maladroit et un récit manquant de tension dramatique. Metropia reste néanmoins une curiosité du cinéma d’animation, une expérience qui ne laisse pas indifférent, mais qui ne convaincra pas tout le monde.

 

 

Avis rédigé par Camille le d'après une version originale

Production