Papobo

Long métrage
Festival

Papobo

Long métrage
Festival

Infos techniques

Titre original

Papobo

Durée

50 minutes

Date de projection en festival

(estimation)

Pays d'origine

Cuba : date de sortie non communiquée

Réalisation

Hugo Alea

Société de production

ICIAC

Synopsis

À La Havane en 1694, Papobo, fils d'un esclave affranchi, veut offrir un jouet de Noël à sa sœur. Il découvre la ville et ses habitants mais aussi l'inquiétante forêt. Il est alors confronté à la réalité de l'époque.

Critique

Honorable

Papobo est un film d'animation en stop motion cubain réalisé par Hugo Aléa et sorti en 1987. Il s'agit d'un moyen métrage de 50 minutes, basé sur le personnage de Papobo, apparu pour la première fois dans une histoire de David Garcia Gonde, récompensée par le premier prix du concours de l'Âge d'or en 1971. Le personnage a ensuite été repris au théâtre par la troupe Teatrova dans une pièce portant son nom, avant d'être à nouveau adapté par Hugo Aléa. Ce dernier, n'ayant aucune compétence en animation et venant tout juste d'être diplômé en histoire de l'art, se lance dans la conception du film en 1982. Passionné par l'histoire de Cuba, pays où il s'installe en 1996, il reçoit l'aide d'Edith Mila, épouse de David Garcia Gonde, qui sculpte dans du bois les trois visages correspondant aux émotions fondamentales de Papobo. Ces têtes sont ensuite montées sur un squelette métallique recouvert de caoutchouc en mousse pour le corps, avec une peau réalisée en bandes de cuir. Le film met en scène plus de 300 personnages évoluant dans un total de 50 décors différents, avec seulement 10 poupées articulées pour les protagonistes. Les personnages secondaires, quant à eux, sont animés par Monica Duarte, Freddy Caballero et Jorge Perez Nerey du département d'animation de l'ICRT.

L'histoire de Papobo se déroule à La Havane pendant la période de Noël 1694, une époque rarement explorée dans le cinéma de fiction cubain, aussi bien à l’époque qu’aujourd’hui. On y suit Papobo, un jeune garçon noir, pauvre et descendant d'esclaves, qui souhaite offrir un cadeau de Noël à sa sœur. Pour cela, il entreprend d’explorer la ville et ses environs, affrontant des situations révélant la réalité sociale de l’époque.

 

 

Les points forts


Papobo se démarque par son esthétique et son animation artisanale. En effet, ce film dispose d'une maîtrise charmante de l'animation en volume, harmonieusement accompagnée par une pluralité divine de décors sublimés par la conception du cadre. Celui-ci est rempli de diverses textures qui ne laissent aucun point vide, donnant presque l'impression de sortir de l'écran. Tout mérite le coup d'œil. Nous sommes plongés dans l'univers magique de La Havane, avec cette ribambelle de personnages disposant chacun d'une personnalité bien marquée. C'est le cas principalement de Papobo, qui se révèle attachant, fort et porteur d'un message puissant et significatif pour sa communauté. Ce message social résonne encore aujourd'hui. Il donne le sourire par son optimisme et n'abandonne pas malgré la cruauté des relations sociales qui l'entourent, en particulier par la présence des colons avec lesquels il cohabite, représentés avec des traits monstrueux comme des yeux et une langue de serpent.

L'animation est fluide, et l'ambiance sonore et émotionnelle qui l'accompagne procure un fort sentiment de nostalgie, renforcé par des tons clairs et chauds, agréables à l'œil. D'autant plus que la musique minimaliste apporte une douceur gracieuse à l'ensemble.

 

 

Les points faibles


Le public visé par le film est difficile à déterminer. L’œuvre oscille entre un ton mignon et sensible, qui semble destiné à un très jeune public, et une violence physique et morale explicite. Malgré l'attitude insouciante de Papobo, son entourage ne se cache pas d'être vulgaire et cruel, ce qui se ressent dès la première scène où l'on voit sa mère, encore enceinte, se faire fouetter par deux colons nouvellement arrivés, et ce, dans un silence glaçant. La violence est également accentuée par le chara-design des colons qui, bien que pertinent dans son approche, pourrait effrayer plus d'un spectateur. C'est une approche défendable au vu du contexte du film, puisqu'il s'agit de sensibiliser, mais cela limite son accessibilité, un choix qu'il faut assumer.

Le vieillissement du film n'a pas non plus joué en sa faveur. En effet, il souffre de nombreux problèmes de qualité sonore, rendant certaines répliques peu, voire pas du tout, compréhensibles. À ce jour, aucune restauration n'a permis de corriger ce défaut.

 

 

En conclusion


Papobo s'impose comme un film d'animation qui rayonne par son caractère novateur et son artisanat soigné. Il parvient à aborder un sujet sensible dans un contexte bien précis, tout en nous immergeant dans un monde que nous prenons plaisir à découvrir, porté par des personnages attachants. C'est une œuvre majeure de l'animation cubaine, marquant le paysage audiovisuel du pays et inspirant de nombreux réalisateurs encore aujourd'hui. Il a d'ailleurs reçu de nombreuses distinctions, notamment le Premier Prix au Festival d'Animation de l'UNEAC en 1987, le Premier Prix Coral d'Animation au Festival du Nouveau Cinéma Latino-Américain en 1988, ainsi qu'une sélection officielle au Festival d'Animation d'Annecy en 1989.

 

 

Avis rédigé par Camille le d'après une version originale