Covers: la playlist parfaite pour Noël
Nouvel épisode de Covers, la branche musicale de la chronique MédiaMorphose où l’on explore les ponts entre cinéma d’animation et chansons… mais pas n’importe lesquelles : celles qui reviennent avec une autre voix, une autre couleur, un autre éclat. Les covers, donc.
Comme décembre a déjà posé ses guirlandes, que les villes s’illuminent et que les playlists tournent à plein régime dans les boutiques, il est plus que temps de plonger CinéAnimation dans l’ambiance des fêtes.
Parce qu’il n’y a pas que Mariah Carey pour Noël
S’il est un genre où la reprise devient tradition, c’est bien celui des chansons de Noël. Et l’animation n’est jamais loin de ce répertoire féérique.
Dans cet épisode, on va donc longer les sentiers enneigés des souvenirs, des classiques et des surprises, à travers des reprises qui réchauffent autant qu’un chocolat chaud. Certaines sont pleines de candeur, d’autres osent des détours inattendus, toutes ont en commun ce petit supplément d’âme qui fait le sel (ou le sucre paillette) de cette période.
Prêt à enfiler ton plus beau pull moche et à chanter faux (mais de tout cœur) ? C’est parti pour notre playlist idéale des covers de Noël façon animation.
Comment le Grinch a volé Noël !
On commence avec un incontournable des fêtes de fin d’année : Le Grinch. Bon, on vous l’accorde, ce classique né sous la plume du Dr Seuss est plus enraciné dans la culture américaine que dans les cantiques européens. Mais si vous avez un minimum de sens du merveilleux (et un bon radar à poils verts), vous connaissez déjà ce personnage bougon. Sinon ? Il est peut-être temps d’ouvrir vos oreilles, et vos cœurs, à ce chef-d’œuvre grincheux venu d’ailleurs.
Comment le Grinch a volé Noël ! est un court-métrage d’animation de 26 minutes réalisé en 1966 par le grand Chuck Jones. À Douville, les habitants trépignent à l’idée de célébrer Noël… sauf un certain Grincheux, créature verte exilée en haut de sa montagne, bien décidée à tout gâcher. Depuis, le récit a connu de nombreuses adaptations, en animation comme en prises de vue réelle, dont la plus récente est Le Grinch (2018) produit par Illumination, un film joliment rythmé et visuellement très abouti.
Mais revenons à la musique, car s’il est une chanson qui résume à elle seule l’esprit caustique du Grinch, c’est bien You’re a Mean One, Mr. Grinch, composée par Albert Hague et interprétée par Thurl Ravenscroft (qu’on confond souvent avec Boris Karloff, narrateur du film). Véritable hymne à la mauvaise humeur, cette chanson est devenue un classique aux États-Unis, un passage obligé dans toute playlist de Noël… surtout quand elle est reprise.
Et des reprises, il y en a eu. Beaucoup. De la version rock à la cover jazzy, en passant par des interprétations plus sombres ou complètement barrées. Nous avons sélectionné pour vous quelques-unes des plus marquantes, histoire de redécouvrir ce tube autrement.
You’re a Mean One, Mr. Grinch par The Whirling Dervishes
La plus connue est celle du groupe The Whirling Dervishes, sortie à la fin des années 80. Et là, petit clin d’œil à ceux qui ont suivi : on retrouve l’esprit de notre précédente playlist (Covers: la playlist parfaite pour Halloween), écrite par Artemisia, et placée sous le signe du rock grinçant. Un fil rouge assumé.
Ici, l’hymne de Noël ambigu se fait électrique : guitare saturée, chœurs ironiques, voix grave et moqueuse... La chanson devient presque un générique de film de Tim Burton version MTV. Une chanson de Noël… qui n’aime pas Noël. Et une version qui en accentue toute la saveur : plus méchante, plus drôle, plus rock.
You’re a Mean One, Mr. Grinch par Pentatonix
Notre must reste la reprise du groupe Pentatonix, formé en 2011 au Texas, révélé dans le télé-crochet The Sing-Off, et devenus maîtres dans l’art des covers, enchaînant les albums de reprises et les tubes de Noël depuis plus d’une décennie.
Dans leur version de You’re a Mean One, Mr. Grinch, tout est là : la précision rythmique, les harmonies vocales à cinq têtes, les basses profondes qui font trembler les guirlandes, et cette mise en scène sonore qui transforme chaque phrase en mini numéro. C’est drôle, redoutablement efficace, et ça groove juste ce qu’il faut.
You’re a Mean One, Mr. Grinch par Jordan Smith
Une version grandeur d’orchestre, signée Jordan Smith, vainqueur de The Voice aux États-Unis en 2015. Là où d’autres jouent la carte du second degré ou du groove malicieux, lui prend le morceau à bras-le-corps, presque comme s’il s’agissait d’un air d’opéra.
Avec sa voix puissante et son goût assumé pour le dramatique, Jordan Smith transforme le Grinch en personnage de comédie musicale, quelque part entre Broadway et Disney. Le ton est plus noble, presque solennel par moments, mais le plaisir est là : la montée en intensité, les arrangements orchestraux, et cette manière de chanter chaque ligne comme si c’était la dernière.
Welcome Christmas par le collectif Poway High school Die Lieder Singers
Et pour le plaisir, on change de chanson, mais pas de franchise, mais avec une ambiance radicalement différente. Ici, pas de sarcasme ni de riffs électriques : Welcome Christmas, interprétée par le Poway High School Die Lieder Singers, nous offre une chorale typique des fêtes, tout droit sortie d’une vitrine animée ou d’un téléfilm vintage. Une version douce, presque naïve, mais qui sonne juste dans son intention.
La chanson intervient dans le court-métrage original de 1966, au moment où les habitants de Douville chantent malgré tout, même après que le Grinch ait volé tous leurs cadeaux. Et c’est bien là sa force : un chant de Noël dépouillé de tout artifice, qui célèbre l’esprit des fêtes au-delà du matériel, avec une sincérité désarmante.
Le Pôle Express
Autre film de Noël incontournable, Le Pôle Express reste l’un des grands rendez-vous familiaux de fin d’année. Réalisé par Robert Zemeckis et sorti en 2004, ce film d’animation en capture de mouvement (le premier du genre) adapte l’album jeunesse de Chris Van Allsburg.
On y suit un jeune garçon qui, au cœur de ses doutes sur l’existence du Père Noël, embarque à bord d’un train mystérieux en direction du Pôle Nord. Traversant paysages enneigés et rencontres magiques, il découvre peu à peu que la magie de Noël ne tient pas à ce qu’on voit… mais à ce qu’on croit.

Et c’est là qu’intervient la chanson phare du film : Believe, interprétée à l’origine par Josh Groban. Ballade puissante et pleine de foi (dans tous les sens du terme), elle accompagne le thème central du film : croire malgré le doute, continuer à espérer même quand la magie semble loin.
Believe par le collectif Vocal Point feat. Rise Up Children’s Choir
Aujourd’hui, on vous propose une version revisitée : celle du collectif Vocal Point, accompagné du Rise Up Children’s Choir. Une cover à la fois élégante et profondément émotive, où les harmonies vocales ciselées des étudiants de Vocal Point rencontrent la fraîcheur bouleversante des voix d’enfants.
Résultat : une interprétation épurée (et parfois énergique), qui rend hommage à l'esprit du film tout en lui apportant une touche plus chorale, plus aérienne. Là où la version de Groban était une démonstration vocale impressionnante, celle-ci joue sur la pureté, le partage, et une forme de nostalgie heureuse. Un grand moment d’émotion, à écouter casque vissé sur les oreilles, yeux levés vers le ciel (ou les guirlandes, ça marche aussi).
La Belle et la Bête 2 : Le Noël enchanté
Soyons honnêtes : La Belle et la Bête 2 : Le Noël enchanté n’est clairement pas notre film de Noël préféré. Et pour cause, il est produit par DisneyToon Studios, cette filiale de Disney tristement célèbre pour avoir enchaîné les suites vidéo fades de nos plus beaux souvenirs animés, ce film s’inscrit dans une époque où l’on préférait capitaliser plutôt que créer.
Mais rendons-lui justice : sans être une réussite inoubliable, Le Noël enchanté repose sur une idée de base intéressante: une histoire de Noël dans le château de la Bête, en plein cœur de l’hiver, alors que l’amour entre Belle et la Bête commence à naître. Une sorte de petit conte dans le grand récit, qui aurait pu être touchant… si l’ambition avait suivi. Ce qui pèche ici, c’est surtout le manque d’intention artistique et de prise de risque.
Et pourtant… une lumière brille dans cette séquelle oubliée : la chanson As Long As There’s Christmas, censée incarner la magie des fêtes. Dans sa version originale, elle peine à rivaliser avec les sommets émotionnels du premier opus. Mais c’est là qu’intervient une reprise inattendue et franchement réussie : celle du Winnipeg Youth Chorus.
As Long As There’s Christmas par le collectif Winnipeg Youth Chorus (WYC)
Dans cette version chorale, la chanson retrouve un souffle, une sincérité, une chaleur qu’on avait du mal à percevoir dans le film. Les voix s’élèvent avec douceur, les arrangements mettent l’accent sur les harmonies sans surcharger, et soudain, la magie opère vraiment.
Le Winnipeg Youth Chorus parvient à transformer une chanson secondaire en véritable chant de Noël, doux, inspirant, et réconfortant. Comme quoi, parfois, une reprise peut révéler ce que l’original n’avait pas su incarner. Un petit miracle musical, et c’est bien ce qu’on attend de Noël, non ?
Noël chez les Muppets
Un film sélectionné qui prête peut-être à sourire… et pourtant. Les Muppets, avec leur humour absurde, leurs yeux en feutrine et leurs chansons toujours un peu trop enthousiastes, ont réussi là où bien des films sérieux échouent : incarner un esprit de Noël sincère, sans mièvrerie, dans un équilibre fragile entre rire et émotion.
Noël chez les Muppets, réalisé en 1992 par Brian Henson (le fils de Jim), adapte Un chant de Noël de Dickens avec une fidélité étonnante, tout en y injectant cette folie douce typique du Muppet Show.
Parmi les chansons originales du film, une ressort avec force : It Feels Like Christmas, interprétée par l’Esprit du Noël Présent (un personnage à mi-chemin entre Hagrid et un chœur gospel). C’est la chanson de la générosité, du partage, du moment vécu ensemble, et elle tombe à pic, au moment où Scrooge commence doucement à baisser sa garde.
It Feels Like Christmas par Just Josie
Pour ceux qui préfèrent une ambiance plus feutrée, il existe une version qui prend le contrepied de l’interprétation originale : Just Josie, chanteuse indépendante active sur YouTube et les plateformes de streaming, propose une reprise tout en douceur de It Feels Like Christmas.
Là où le film misait sur le chœur, la chaleur collective, et une joyeuse agitation de décor victorien, Just Josie choisit l’intimisme. Le résultat est surprenant : la chanson gagne en mélancolie, sans perdre sa tendresse.
It Feels Like Christmas par Priscilla Hernandez
Même titre, autre ambiance… et autre planète. Priscilla Hernandez nous embarque dans un territoire inattendu : celui du conte enchanté sous acide doux, entre rêve éthéré et délire féerique.
Artiste indépendante espagnole à l’univers dream-folk très marqué, Hernandez transforme It Feels Like Christmas en chant de l’hiver lumineux, flottant quelque part entre les cimes enneigées et les souvenirs oubliés. Sa voix aérienne glisse sur des nappes synthétiques, avec une fragilité presque irréelle. C’est une reprise sensorielle, qui privilégie l’ambiance à la narration, l’émotion diffuse à la clarté du message.
Mais il faut dire que le clip qui l’accompagne est… disons-le franchement : complètement lunaire. Les regards pleins de mièvreries et le montage amateur, on se retrouve dans une mise en scène chargée de mysticisme, avec ce grain de folie joyeuse qui fait toute la différence. Vous rirez peut-être. Vous rêverez peut-être. Ou les deux à la fois. Mais quoi qu’il en soit, cette version reste une curiosité à part, aussi sincère que décalée, et donc parfaitement à sa place dans notre playlist des covers d'un Noël animée.
One More Sleep ’Til Christmas par Andrew Siddle
Dans Noël chez les Muppets, il y a une autre chanson qui mérite toute notre attention : One More Sleep ’Til Christmas. C’est elle qui ouvre le film, chantée par Kermit dans la peau de Bob Cratchit, alors que la ville s’anime doucement, entre neige, lanternes et préparatifs.
Une chanson simple, joyeuse, toute en anticipation : il ne reste qu’une nuit avant Noël, et tout le monde se prépare, avec cette excitation douce que seuls les Muppets savent rendre sans cynisme.
Parmi les reprises disponibles, l’une des plus attachantes vient d’un certain Andrew Siddle, musicien et youtubeur discret mais passionné. Il nous propose une reprise artisanale, tournée dans ce qui ressemble à son salon décoré avec amour, guitare à la main et sourire aux lèvres. Et c’est là que la magie opère : pas de production léchée, pas d’autotune ni de grand effet, mais une sincérité palpable, une vraie tendresse dans la voix, et un plaisir de chanter communicatif. Le résultat se tient quelque part entre la drôlerie douce et le câlin sonore, une bulle d’authenticité qui nous fait oublier le reste du monde pendant quelques minutes.
Avec son petit air jovial et son regard de môme qui a trouvé le cadeau avant l’heure, Andrew Siddle donne envie d’un gros câlin collectif, et d’un dernier compte à rebours avant la fête.
Le Noël de Mickey
On termine en beauté, avec notre adaptation préférée d’Un chant de Noël : Le Noël de Mickey, réalisé par Burny Mattinson en 1983. Dans ce court-métrage magistral, Mickey, Picsou, Donald et toute la bande plongent avec une justesse rare dans le Londres victorien de Dickens, entre ruelles enneigées et fenêtres éclairées à la bougie.
Tout dans ce film respire l’équilibre : une animation ronde et expressive, un ton à la fois sombre et lumineux, et cette capacité à parler à tous les âges, sans jamais trahir ni le conte d’origine, ni l’univers Disney. La douceur du désespoir, la force de la rédemption, et l’espoir fragile mais tenace sont portés par des personnages animés avec une chaleur inégalée. Un chef-d’œuvre.
Et au cœur de cette œuvre ? Une chanson discrète, mais authentique: Oh What a Merry Christmas Day, composée spécialement pour le film. Avec ses clochettes scintillantes et ses harmonies tendres, elle ouvre et referme le film comme une caresse musicale.
Oh What a Merry Christmas Day (Acapella) par Noemi Luciani (JustMyVoice)
Pour cette playlist, nous avons choisi une reprise d’une artiste encore méconnue, mais qui mérite toute votre attention : Noemi Luciani, qui officie en ligne sous le pseudonyme JustMyVoice. Elle en propose une version a cappella, entièrement chantée par elle-même, en multipliant les voix pour créer une harmonie douce et enveloppante. Une polyphonie fragile et céleste, qui donne à la chanson une pureté nouvelle, presque sacrée.
C’est une version qui ne cherche pas l’effet, mais qui touche en plein cœur. Un dernier soupir de magie, comme une veilleuse qui s’éteint doucement au pied du sapin.
Quand l’animation offre plus qu’un classique Jingle Bells
Et nous voici déjà au bout de cette sélection musicale spéciale Noël ! J’espère que tu as découvert quelques perles inattendues, et que ces reprises touchantes, décalées ou carrément féériques t’ont permis d’entendre Noël… autrement.
Les films d’animation de Noël ne manquent pas, mais côté musique originale, c’est une autre histoire. La majorité d’entre eux se contentent, souvent avec talent, parfois avec paresse, de réinterpréter les grands classiques de saison : Jingle Bells, Deck the Halls, Silent Night, ou encore We Wish You a Merry Christmas. On les entend partout. Mais ici, l’idée était autre : on a voulu mettre en lumière les chansons écrites spécialement pour un film d’animation de Noël. Celles qui ne se contentent pas d’habiller l’ambiance, mais qui participent à la narration, portent l’émotion, et parfois même… deviennent inoubliables. Et si certaines sont nées modestement, d’autres ont trouvé une seconde vie grâce à des artistes passionnés, qui les réinterprètent avec talent, sincérité, et parfois un grain de folie.
Merci d’avoir embarqué dans ce petit tour de chants festif. La chronique Covers reviendra très bientôt, pour un épisode Saint-Valentin, toujours à la croisée de la musique et de l’animation.
En attendant, n’oublie pas : que tu passes Noël en famille, entre amis, en solo, ou encore mieux dans une salle de cinéma, il suffit parfois d’une chanson bien choisie pour que la magie fasse son retour.
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