Chronopolis
Chronopolis
Infos techniques du film d'animation "Chronopolis"
Titre original
Durée
Date de sortie en France
Pays d'origine
Réalisation
Société de production
Critique du film d'animation "Chronopolis"
Chronopolis est un film d'animation en volume franco-polonais sorti en 1982 après cinq ans de travail en quasi-solitaire par l'artiste indépendant Piotr Kamler. Venant du monde des arts plastiques, Kamler apporte un certain regard sur la définition du cinéma d'animation. En effet, Chronopolis se présentera davantage comme un espace de création plastique et métaphysique plutôt qu'un médium narratif classique. C'est avec l'aide du compositeur français Luc Ferrari que le projet verra le jour. Avec le soutien du CNC et de l'ORTF, les deux artistes donneront vie à une immense cité suspendue dans l'espace, habitée par des êtres mystérieux et immortels ayant abandonné tout intérêt pour la vie humaine et matérielle. Leur unique obsession : le temps. Ils ne cherchent pas à le mesurer, mais à le manipuler et le sculpter. Pour cela, ils fabriquent des objets énigmatiques comme des sphères ou des formes géométriques mouvantes, un rituel mécanique presque sacré. Cependant, une créature étrangère fait irruption dans la cité.

Les points forts
Chronopolis ne se vit pas comme un récit, mais comme une expérience sensorielle totale. En effet, il délaisse l'écriture conventionnelle de la narration classique pour offrir un mythe qui se vivra de l'intérieur, où le spectateur sera placé dans la cité plutôt que dans la peau d'un simple témoin. Il regorge d'une puissance métaphysique et philosophique questionnant la nature du temps, de la création et de l'existence, avec une originalité inégalable. Et cela passe par son esthétique visuelle et ses références pointilleuses. L'animation est envoûtante, surréaliste et hypnotique, évoquant autant l'imagerie égyptienne (qui rappelle aussi leur rapport au temps) que le biomécanique de H.R. Giger, donnant un côté futuriste séduisant. Chronopolis déploie un monde imaginaire démentiel, peuplé de créatures et machines inédites, avec une richesse visuelle impressionnante. Une démarche artistique avant-gardiste par un stop-motion inventif, poussant à l'expérimentation formelle, et une bande sonore majestueuse intégrée au cœur du récit, remplaçant le manque de parole et de bruitage.

Les points faibles
Le récit reste opaque, malgré une brève introduction explicative. Le concept central (rencontre entre ce qui pourrait être un être humain et un habitant de la cité), qui nous est présenté d'entrée de jeu, s'absente au fil du film, laissant trop de temps pour présenter la cité.
Certaines séquences présentent des imperfections au niveau de l'animation, parfois saccadée ou inégale avec le reste de l'image (éléments fixes, transitions approximatives). Elle manque alors de fluidité sur certains plans. Il y a également peu de variété dans le chara-design des habitants de Chronopolis. Un seul semble revenir en boucle. L'identification est limitée et brouille la compréhension des êtres qui peuplent la cité. Cependant, l'arrivée de l'étranger pourrait justifier cette absence d'explication sur ce qui se passe à l'écran : des rituels et des mécaniques qui échapperaient à notre compréhension, et donc à celle du héros.
La musique, elle, malgré sa grande beauté, peut devenir lourde et monotone, du fait de sa présence continue et de son statut de musique de "texture". Et ceci peut être accentué par l'absence d'effets sonores autonomes (ils sont incorporés dans la musique), supprimant une certaine dynamique sensorielle.

En conclusion
Chronopolis, par sa grande créativité et sa capacité à faire de ses défauts des qualités, reçoit un accueil mitigé mais marquant, oscillant entre fascination critique et incompréhension du grand public. En effet, le film a été sélectionné à Cannes en 1982 dans la Sélection Perspectives du cinéma français, lui donnant alors une reconnaissance dans le milieu du cinéma d'auteur et de l'animation expérimentale. Kamler sera par la suite qualifié de visionnaire à mi-chemin entre la sculpture, le cinéma et l'art contemporain, faisant ainsi de lui une référence auprès des adeptes de la science-fiction. Le film en lui-même deviendra une référence pour la musique électroacoustique et sera comparé aux univers de grands artistes comme Chris Marker, Stan Brakhage ou encore Andreï Tarkovski pour son rapport au temps. Mais c'est du côté du grand public que l'accueil sera contrasté. Beaucoup ont été déstabilisés par l'absence de récit lisible. L'œuvre a été décrite comme hermétique, froide et ennuyeuse, par sa lenteur et sa bande-son répétitive. Néanmoins, il remportera son statut de film rare et figurera dans les listes des œuvres oubliées et injustement méconnues.
