Lava
Lava
Infos techniques du film d'animation "Lava"
Titre original
Durée
Date de projection en festival
Pays d'origine
Réalisation
Société de production
Synopsis du film d'animation "Lava"
Les mass media ont subi une attaque massive. Un signal a interrompu les émissions de télé et de radio. Il n'y a plus de connexions internet ou mobiles. Tout le monde s'est retrouvé, face à son poste, devant une image hypnotique à la place de son programme habituel. Une image comme on n'en avait encore jamais vue. La radio n'émet plus désormais qu'un murmure lointain, semblable à un souffle. Et puis rien d'autre.
Critique du film d'animation "Lava"
Lava est un film d’animation argentin réalisé par Ayar Blasco, sorti en 2020 et produit par Crudofilms, une société de production argentine se focalisant, comme son nom l’indique, sur du cinéma cru et cherchant à avoir une empreinte créative et avant-gardiste. Ayar Blasco, lui, est un réalisateur ayant commencé dans les années 90 dans la bande dessinée underground. Il a travaillé sur le film d’animation Mercano, le Martien en 2002, puis El Sol en 2012, premier film presque entièrement réalisé seul et sur lequel il travaillait depuis 2008. Et c’est presque 10 ans plus tard que Blasco refait surface avec Lava. Un film audacieux esthétiquement parlant et cru dans son écriture. L’intrigue se situe dans un futur proche, dans une ville en proie à l’aliénation et à la surveillance de masse par les outils informatiques, et précisément les médias. Nous suivons Débora, une tatoueuse embarquée dans un complot délirant et absurde où une entité extraterrestre nommée Lava infiltre le gouvernement mondial sous couvert de progrès et de sécurité, pour finalement imposer une censure totale des émotions, de l’art et de la pensée.

Les points forts
Une animation minimaliste mais pensée. Elle est fluide et douce jusque dans les mouvements de cheveux. L’apparente simplicité de l’animation ne nuit pas au character design, suffisamment expressif et coloré pour créer une galerie de personnages variés. Le style caricatural entre en résonance avec la dimension satirique de l’œuvre, et cela grâce à un choix audacieux de reprendre les codes des animations Flash des années 2000. Une esthétique historiquement liée à un Internet libre et un humour des plus absurdes. Influence qui est également cohérente avec le propos du film sur les médias et la surveillance. Effectivement, le film critique le contrôle social par les médias tout en mettant en abyme le pouvoir résistant de l’art, à la fois à travers l’intrigue (la série prémonitoire) et par sa forme même, l’art de l’animation. On pourrait aussi souligner l’aspect visuel rudimentaire comme outil pour détourner l’attention du « spectaculaire » et ainsi mieux servir le message du film : faire réfléchir plutôt qu’émerveiller.
La bande-son est bien dosée. Elle n’est ni trop présente ni trop absente. Elle soutient les ambiances tout en gardant une légèreté en parallèle avec le style de l'animation. Les effets sonores et les courtes musiques participent d’ailleurs à l’humour décalé du film, sans surcharger la narration.

Les points faibles
Le style peut rebuter. Le design très simpliste, malgré sa fluidité, évoque parfois une animation amateur type vidéo à sketch. Sans connaissance du contexte ou des intentions, le film peut être perçu comme moche ou peu soigné. La synchronisation labiale est approximative. Les lèvres ne suivent pas toujours les dialogues et viennent rompre l’immersion. Le ton comique brouille également la réception. En effet, l’usage de comédie noire et d’absurde, combiné au style graphique rudimentaire, peut faire passer le film pour une simple farce décalée, éclipsant son discours politique et engagé. Le message devient donc moins visible pour un public moins averti. Mais pour celui qui l’est, un lourd manque d’originalité est perçu. Bien que pertinent, le sujet (contrôle de masse, aliénation par les médias...) a déjà été largement traité dans d’autres œuvres, et particulièrement avec une esthétique similaire. Ces facteurs peuvent alors empêcher le film de briller par lui-même ou de marquer durablement. De plus, le film souffre d’un manque de régularité dans son rythme narratif. Certaines scènes enchaînent les blagues de manière efficace, tandis que d’autres restent sans impact.

En conclusion
Lava est un film disposant de très bonnes idées de départ concernant son aboutissement et le choix de ses influences, mais ne parviendra pas à se faire une place importante dans le cinéma d'animation. Malgré une réception mitigée dans les festivals, il reste une proposition originale et courageuse dans le paysage de l’animation latino-américaine, notamment dans un contexte post-crise argentin, ou dans un monde en proie à la défiance envers les institutions. Un film à défendre pour son audace, mais dont l’impact reste limité par ses propres choix esthétiques et narratifs.
