Théâtre de Monsieur & Madame Kabal
Théâtre de Monsieur & Madame Kabal
Infos techniques du film d'animation "Théâtre de Monsieur & Madame Kabal"
Titre original
Durée
Date de sortie en France
Pays d'origine
Réalisation
Société de production
Synopsis du film d'animation "Théâtre de Monsieur & Madame Kabal"
Dans un univers burlesque et poétique, les aventures d'un couple pour le moins curieux. On ne sait quel est le lien le plus fort qui les unit, l'amour ou la haine homicide. Inquiétants personnages qui attirent et fascinent par l'indiscret spectacle de leur intimité.
Critique du film d'animation "Théâtre de Monsieur & Madame Kabal"
Le Théâtre de Monsieur et Madame Kabal est un film d'animation en papier découpé pour adultes, sorti en 1967 et réalisé par Walerian Borowczyk, plasticien et cinéaste polonais connu pour son côté transgressif et ses rapports aux thèmes du désir à travers des cauchemars proches du post-surréalisme. Borowczyk nous livre ici un hommage à l'humour noir de l'auteur Alfred Jarry avant de finir par délaisser l'animation très peu d'années plus tard dans sa carrière. Le Théâtre de Monsieur et Madame Kabal, c'est donc, comme son nom l'indique, un théâtre introduit par la création du personnage de Madame Kabal et son créateur lui demandant d'occuper son public pendant toute la durée du long-métrage. S'ensuit alors une succession de situations toutes aussi absurdes les unes que les autres.

Les points forts
Le film fait preuve d'un certain minimalisme qui, pourtant, est très minutieux dans ce qu'il entreprend. C'est drôle sans en faire trop. C'est noir sans pour autant choisir la facilité ni utiliser un langage grossier. Borowczyk n'utilise que quelques traits, quelques collages, très peu de bruitages, mais assez pour faire sourire, combinés à un usage non excessif d'images d'archives. Avec son hommage à l'univers de Jarry, il recourt à un comique de répétition et à un aspect caricatural efficaces et amusants. Chaque idée est surprenante. L'humour passe à la fois par l'absurdité des situations, leur côté imprévisible (passages de prises de vue à animation, changements de décor, etc.) et par la capacité à retenir l'attention du public, même en répétant certaines blagues visuelles. En clair, que ce soit par l'animation, le son ou ce qui est raconté, la dimension comique fonctionne.
Le chara-design, malgré sa simplicité, se remarque et reste original : une femme de profil avec un nez très crochu et une immense paire de seins (un cœur de pierre qui sera ensuite révélé lorsque Monsieur Kabal entrera dans son corps). Une manière grotesque de présenter un personnage. Celui- ci est inventé en direct : on voit Madame Kabal insatisfaite des visages que l'artiste lui donne, jusqu'à choisir celui-ci, avec un nez crochu et un menton allongé. L'animation joue aussi avec ses « défauts », qui sont justifiés par une mise en abyme. Le créateur converse avec son personnage, qui lui apparaît en prise de vue réelle mais en noir et blanc très contrasté, pour aller avec la texture des dessins. Le créateur demande à son personnage de couvrir les 80 minutes du film : ceci sert de brillante introduction, qui capte l'attention du public et, peut-être, fait comprendre que les personnages eux-mêmes ne savent pas quoi faire, justifiant ainsi le cirque qui suivra, cette succession d'actions farfelues.

Les points faibles
Le minimalisme de la bande sonore peut parfois laisser des vides, sans son, où il ne se passe rien non plus à l'image. Hormis la mise en place de l'intrigue au début par le créateur, on ne sait pas vraiment où le film veut en venir : juste une simple succession de sketchs qui jouent sur l'absurde et le comique de répétition, à la mémoire d'un humour qui l'a influencé. Mais le message derrière n'est pas clair. Nous sommes aussi perdus que les personnages, finalement.

En conclusion
Le Théâtre de Monsieur et Madame Kabal est un film surprenant et très drôle. Borowczyk rend un hommage remarquable à l'auteur à l'origine de Ubu Roi. Cependant, le film ne recevra qu'un accueil confidentiel, mais réussira tout de même à attirer l'attention des plus curieux et de ceux qui sont les plus sensibles au cinéma expérimental.
