Ubu et la grande Gidouille

Long métrage
Cinéma

Ubu et la grande Gidouille

Long métrage
Cinéma

Infos techniques

Titre original

Ubu et la Grande Gidouille

Durée

80 minutes

Date de sortie en France

Pays d'origine

France : sortie le

Réalisation

Jan Lenica

Société de production

Films Armorial
Magic Films

Synopsis

Le Père Ubu s’empare du trône de Pologne après avoir fait massacrer le Roi Venceslas. Il accapare les biens du Royaume en tuant leurs propriétaires.

Critique

Ordinaire

Ubu et la Grande Gidouille est un film d’animation réalisé à partir d’éléments découpés et collages, sorti en 1979 et réalisé par l’un des grands noms de l’école des affichistes polonais, Jan Lenica. Après une période de collaboration avec le cinéaste et plasticien polonais Walerian Borowczyk sur quelques courts-métrages d’animation, et un refus de mise en œuvre de son projet d’atelier de films expérimentaux par la direction du cinéma polonais en 1962, Lenica s’installe en France pour réaliser son premier long métrage, Adam 2, qui lui prendra trois ans et demi de travail et lui apportera une reconnaissance définitive. Jan Lenica se lance ensuite dans une adaptation du personnage d’Alfred Jarry, le Père Ubu, un homme égoïste sur le point de prendre le contrôle de la Pologne. Un personnage en harmonie avec les thèmes abordés et travaillés par Lenica, comme le décervelage et le chaos qui en résulte. Ubu et la Grande Gidouille, c’est donc d’abord une adaptation de la pièce de Jarry, avant d’être un film d’animation expérimental, chaotique et dérangeant.  

 

Ubu et la grande Gidouille image 1

 

Les points forts


Lenica reste fidèle à son style, avec l’esthétique contrastée de ses collages habituels, assemblés puis animés. Un style qui utilise très peu de couleurs, mais qui surcharge les coins vides par des ombres très marquées, des nuages ou des saturations. Les éléments se détachent alors comme une sorte de puzzle, apportant de la texture à l’œuvre même avec peu d’éléments. Un doublage expressif permet de suivre l’histoire là où seules les expressions des yeux traduisent les émotions des personnages. Un doublage aussi grotesque que le ton général du film, qui ne se retient absolument pas : bruits de porc, cris, rots, pets et langage très familier, en contraste avec la musique classique et le thème de la royauté. Un décalage assumé, porteur d’un parti pris clair : une envie de salir, de souiller tout ce qui est touché, tout en restant fidèle au personnage du Père Ubu. Son caractère déroutant se marie avec la direction artistique de Lenica et ses thématiques, rendant l’œuvre encore plus dérangeante qu’elle ne l’est déjà. Un cirque sans limites, qui ne se tait jamais.  

 

Ubu et la grande Gidouille image 2

 

Les points faibles


L’animation est très faible visuellement. Elle se limite à ne faire bouger que certains éléments, donnant un rendu loin d’être fluide. Cela provoque un lourd décalage avec le doublage, parfois trop expressif par moments, que l’animation ne parvient pas à suivre. On sent que Lenica voulait combler les faiblesses de l’animation par un jeu d’acteur exagéré, mais cela crée un déséquilibre. De plus, on ne sait pas si l’univers se veut dérangeant ou comique. Les dialogues sont grossiers et semblent vouloir faire rire par un humour noir, mais en même temps, la musique, le son et le character design provoquent un sentiment d’étrangeté, presque cauchemardesque. Doit-on simplement rire ? Ou comprendre que le film délivre un vrai message auquel il faudrait prêter attention ? Si ce n’est pas qu’une question de visuel original, le film reste faible. Il ne frappe l’œil que par son esthétique. Malgré l’idée intéressante de créer un décalage entre ce qui est jugé noble et intellectuel (comme la musique classique qui accompagne tout le film) et un univers digne d’une porcherie (cris, langage familier, monstruosités), le message global du film reste peu lisible. Il se contente de reprendre une histoire, de se l’approprier et de l’exagérer, en se moquant d’éléments réels comme la royauté ou certaines valeurs françaises.  

 

Ubu et la grande Gidouille image 3

 

En conclusion


Ubu la Grande Gidouille est un film provocant, autant dans sa direction artistique que dans ses dialogues et dans la manière dont il retranscrit le sujet de la pièce. C’est un pur chaos, peuplé d’affreux personnages, d’affreux doublages et d’une animation elle-même affreuse. Jan Lenica a su s’approprier l’œuvre, en respectant son style et les sujets qu’il traite, même si le résultat ne réjouira pas tout le public.  

 

Ubu et la grande Gidouille
 

Avis rédigé par Camille le d'après une version française

Production

Distributeur

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