Valhalla
Valhalla
Infos techniques du film d'animation "Valhalla"
Titre original
Durée
Date de projection en festival
Pays d'origine
Réalisation
Société de production
Synopsis du film d'animation "Valhalla"
Un soir, un jeune garçon viking de Midgaard, Chalfe, sa sœur Roskva et leur parents accueillent chez eux, pour la nuit, le puissant Thor, dieu du tonnerre, et son rusé compagnon Loki. Poussé par ce dernier, Chalfe commet une offense contre Thor qui l'emporte à Valhalla pour en faire son esclave. Heureusement, sa sœur les suit.
Critique du film d'animation "Valhalla"
Valhalla est un film d’animation danois sorti initialement en 1986, réalisé en collaboration par Jeffrey J. Varab, anciennement employé aux studios Disney où il travaille notamment sur Peter et Elliott le Dragon avant de devenir plus tard l’un des pionniers de l’animation de synthèse avec Casper en 1995, et Peter Madsen, auteur de bande dessinée danois, également créateur de la bande dessinée humoristique éponyme dont le film est tiré. À l’image de son matériau d’origine, le film s’appuie sur les récits scandinaves de la mythologie nordique, auxquels il apporte une lecture fraîche, drôle et accessible, pensée avant tout pour un jeune public.

Les points forts
Le film, tout comme la bande dessinée dont il est issu, propose une relecture douce et enfantine du folklore nordique. Le film se distingue par son respect du folklore local, tout en l’abordant à travers des personnages jeunes, touchants, chaleureux et profondément attachants. Il met en place un univers que le spectateur accepte immédiatement de croire, grâce à une combinaison efficace de chara-design charmants, de décors peints magnifiques sans jamais être surchargés, et d’une bande originale très expressive.
La bande originale, élément central dans la transmission des émotions aux côtés de l’écriture des personnages eux-mêmes, repose sur l’usage de leitmotivs et de mickey mousing. Elle accompagne constamment le spectateur, l’aidant à s’immerger profondément dans l’œuvre tout en guidant sa compréhension des situations et des états d’esprit des personnages. Cette sur-signification musicale ne nuit jamais à la cohérence de l’univers et participe pleinement à la dimension familiale du film.
On y découvre également des figures mythologiques imposantes, mais désamorcées, encore une fois, par l’humour et l’empathie. Malgré le caractère parfois bourrin, mesquin ou violent des dieux présentés, notamment Thor et Loki, qui engagent les deux enfants comme domestiques, la narration parvient à les rendre singuliers, amusants et jamais véritablement terrifiants, même dans la manière dont ils sont mis en scène. Le film choisit en revanche de montrer très tôt leurs faiblesses, leur sens de l’humour, voire leur vie familiale, ce qui les humanise plutôt que de les mystifier complètement, et les inscrit dans une dynamique de comédie touchante. Le personnage de Quark, le fils du géant, illustre particulièrement bien ce procédé. Bien que son physique soit quelque peu monstrueux et sa nature violente, il demeure profondément émouvant, doté d’un sens de l’amitié aiguisé. Cette douceur narrative passe en grande partie par le regard des deux enfants que nous suivons depuis le début du film, véritables médiateurs entre l’innocence de l’enfance, le monde des dieux et le spectateur.

Les points faibles
Valhalla souffre d’un rythme parfois inégal et déséquilibré, donnant l’impression qu’il ne sait pas toujours à quelle vitesse faire avancer son récit, comme s’il dépendait, à ce niveau, de l’évolution de l’histoire au sein de la bande dessinée, pourtant construite différemment. L’introduction est en effet particulièrement rapide, presque précipitée par les contraintes temporelles du format, avant que le récit ne s’attarde longuement dans la maison de Thor afin d’imposer cette vision du domestique. Le film prend alors davantage de temps à démontrer l’engagement de Thor auprès de sa famille qu’à développer réellement la relation entre le frère et la sœur. Nous ne disposons finalement que d’une séquence d’à peine trois minutes pour mettre en place l’alchimie des personnages que nous suivrons tout au long du film, alors même que les dieux ont déjà pleinement intégré l’intrigue. Ce déséquilibre temporel crée une sensation de flottement narratif, comme si le film hésitait constamment entre efficacité et exposition prolongée.
Concernant l’animation, celle-ci est correcte mais demeure peu mémorable. Elle n’a rien de particulièrement remarquable et se situe simplement dans les standards de son époque, s’appuyant davantage sur la richesse des chara-design et des décors que sur l’inventivité ou la fluidité de ses mouvements.
Enfin, cette dépendance marquée à la bande dessinée d’origine ne se limite pas uniquement à la question du rythme. La présence de Peter Madsen à la réalisation peut parfois donner l’impression que l’œuvre cherche avant tout à rester fidèle, sans véritable prise de recul critique sur ce que le médium cinématographique pourrait apporter. Bien que l’adaptation soit globalement réussie, le film repose trop fortement sur la direction artistique du matériau d’origine, ne laissant que peu de place à l’expérimentation. Une plus grande liberté formelle ou narrative, ainsi qu’un certain détachement de son créateur vis-à-vis de sa propre œuvre, auraient sans doute permis à Valhalla d’affirmer davantage son identité cinématographique.

En conclusion
Ce film touchant, drôle et profondément empathique, est porté par une utilisation ingénieuse de la bande sonore et par le caractère chaleureux de ses personnages, qui enveloppent l’ensemble du récit. Malgré quelques faiblesses en termes de rythme, de fluidité et une certaine dépendance envers la bande dessinée d’origine, qui en fait parfois davantage une adaptation télévisuelle qu’un véritable film de cinéma, l’œuvre parvient néanmoins à transmettre pleinement ce qu’elle cherche à exprimer. Une sorte d’équivalent danois de notre Astérix local !
