Tout Court #21 : Petits regards, grands voyages

Publié le 25 janvier 2026 par Estelle
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ToutCourt
Zoom sur les courts métrages

Le début de l’année réserve souvent de belles découvertes dans la catégorie des films pour enfants, et notre chronique ne déroge pas à la règle avec ce numéro.

 

En plus de s’adresser aux plus jeunes, les courts métrages mettent en scène des histoires du point de vue des enfants, sans pour autant leur être exclusivement réservées. Notre sélection vaut le détour, autant pour la douceur qui s’en dégage que pour la technique employée. Petit détail en plus : ces deux courts métrages ont été présélectionnés pour les Oscars, qui se dérouleront en mars.

 

Les Bottes de la nuit

On commence avec un court métrage que nous avons déjà évoqué sur CinéAnimation, puisqu’il était sorti en février dernier dans le film d’anthologie Une guitare à la mer. Il s’agit du film Les Bottes de la nuit de Pierre-Luc Granjon, sorti en 2025 et produit par Am Stram Gram. La technique utilisée dans ce film est l’écran d’épingles d'Alexeïeff et Parker. Le résultat est fascinant, donnant naissance à de douces images en noir et blanc. Un dispositif acquis par le CNC en 2012, et depuis, de nombreux courts métrages ont vu le jour grâce à celui-ci.

Sur le site de l’institution, vous pouvez d’ailleurs trouver une page consacrée à cette technique, accompagnée de quelques extraits de courts métrages.

L’écran d’épingles est un écran blanc vertical traversé par des épingles noires, qui peuvent coulisser d’avant en arrière à travers des trous. Le principe rappelle celui des tableaux à clous de type pin art. En enfonçant les épingles, l’animateur crée du relief sur l’écran. Une fois satisfait de son « dessin », il peut, comme en stop motion, prendre une photo. Mises bout à bout, ces images créent une illusion de mouvement : après 24 images, ou plus souvent 12 images exposées deux fois pour alléger la charge de travail, on obtient une seconde d’animation.

 

Production du film Les Bottes de la nuit de Pierre-Luc Granjon - 2025

 

Après cette brève explication technique, revenons-en au film. Les Bottes de la nuit raconte l’histoire d’un petit garçon, Eliot, qui sort de sa maison en pleine nuit pour contempler la pleine lune du haut d’un arbre, et qui fait la rencontre d’une drôle de créature. En un instant, une complicité naît entre eux. La petite créature, qui connaît si bien la forêt, l’emmène à sa découverte. Eliot, quant à lui, apparaît comme un ami, peut-être même comme un grand frère, pour ce petit être esseulé. L’univers visuel est empreint de poésie, foisonnant de vie et de petits animaux imaginaires qui viennent donner du sens à l’existence des choses. Malgré l’utilisation du noir et blanc, due aux caractéristiques de l’écran d’épingles, le film reste très chaleureux, doux et onirique. On a envie, nous aussi, de se promener dans cette forêt aux côtés d’Eliot. Les plans se succèdent : parfois le personnage reste immobile tandis que le décor évolue autour de lui ; d’autres fois, le décor est très minimaliste et seul le personnage se détache au centre de l’image. Cela n’enlève rien à la richesse visuelle du film, bien au contraire. C’est une manière intelligente d’exploiter le médium : le vide laisse encore plus de place à l’imagination. Ce film est un véritable coup de cœur de la rédaction.

 

 

Autokar

Pour notre deuxième court métrage de la sélection, nous souhaitons vous présenter Autokar de Sylwia Szkiłądź, une coproduction franco-belge de 2025 entre les studios Novanima, Amopix, OZÙ Productions et Vivi Film. Bien qu’accessible aux enfants, ce film pourra susciter des questionnements de leur part, et la présence d’un adulte pour en discuter constitue un vrai plus.

Le court métrage raconte l’histoire d’Agata, une petite fille qui quitte seule la Pologne en autocar pour rejoindre sa maman en Belgique. Pendant le trajet, elle écrit une lettre à son père avec le super crayon escargot bleu qu’il lui a offert. Malheureusement, le crayon lui échappe et tombe entre les sièges. Agata doit alors se faufiler entre les passagers, mi-humains, mi-animaux, pour le retrouver.

Réalisé en animation 2D, le style est simple et proche de l’illustration jeunesse. La mise en scène est soignée et portée à hauteur d’enfant : le voyage se lit d’ailleurs à travers ses yeux. Le trajet est propice aux rencontres, créant un espace de discussion entre les passagers et entre les générations. La réalisatrice joue habilement avec les images pour nous emmener entre souvenirs et univers imaginés. Agata, tout comme le spectateur, découvre les enjeux de la migration des passagers vers la Belgique. Ce film est un véritable voyage initiatique, et à travers les yeux d’Agata se révèlent toute la douceur et la singularité de cette expérience.

 

 

Nous espérons que cette sélection vous a plu et vous donnons rendez-vous très prochainement pour un nouveau numéro !

 

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